Lorsque j’ai lancé notre programme de mentorat interne, j’entendais souvent la même question : « Comment prouver que ça marche vraiment ? » La question sous-jacente était souvent le turnover — cet indicateur que tout DRH surveille comme le lait sur le feu. Après un an, nous disposions de données et d’un récit clair : notre programme avait réduit les départs, mais ce que les décideurs voulaient, c’était une preuve simple, fiable et reproductible. Voici comment je présente aujourd’hui le résultat avec trois indicateurs simples, faciles à collecter et à défendre auprès de la direction.
Pourquoi trois indicateurs (et pas un seul)
Un seul indicateur peut être trompeur. Le turnover global peut baisser pour des raisons économiques extérieures, et un taux d’engagement en hausse n’explique pas forcément une diminution des départs volontaires. J’ai choisi trois mesures complémentaires qui, ensemble, racontent une histoire robuste : elles croisent la rétention, l’engagement lié au mentorat et le devenir concret des protégés.
Indicateur 1 — Taux de turnover des participants vs non-participants
C’est le plus direct : comparez le taux de départ volontaire sur 12 mois des salariés ayant participé au mentorat avec celui d’un groupe comparable non-participant. Voici comment je procède :
Dans notre cas, le turnover des mentorés est passé de 14 % (année précédente) à 7 % après 12 mois dans le programme, tandis que le groupe de contrôle était à 12 % la même année. Ce delta de 5 points donne une première preuve solide.
Indicateur 2 — Taux de conservation des talents clés (high potentials)
Le mentorat vise souvent à retenir les profils à haut potentiel : si vous pouvez montrer que ces profils restent, l’argument pèse lourd. Je mesure :
Pourquoi ce focus ? Parce que la valeur financière et stratégique d’un talent retenu est supérieure à celle d’un employé moyen. Nous avons constaté une baisse de 60 % des départs chez les talents mentorés (de 10 % à 4 % en un an). Cela facilite grandement le calcul du ROI, que je présente ensuite au comité de direction.
Indicateur 3 — Évolution des intentions de départ et de l’engagement lié au mentorat
Les sondages avant/après sont essentiels pour capter l’effet qualitatif et prédictif du mentorat. J’utilise deux questions clés dans un court questionnaire (type CultureAmp, Glint, ou même Google Forms) administré au démarrage et après 12 mois :
La diminution moyenne de l’intention de départ chez les mentorés est un excellent signal précurseur d’un turnover réduit. Dans notre cas, l’intention moyenne a chuté de 2,8 à 1,9 (sur 5), avec 68 % des mentorés indiquant que le mentorat avait « nettement » augmenté leur envie de rester.
Comment mettre en place la mesure pas à pas
Un tableau simple à présenter au comité
Je crée toujours un tableau clair pour la direction. Voici un exemple simplifié :
| Indicateur | Avant (12m) | Après (12m) | Groupe contrôle (12m) |
| Taux de turnover global des mentorés | 14 % | 7 % | 12 % |
| Taux de départ des talents | 10 % | 4 % | 9 % |
| Intention moyenne de départ (score) | 2,8 | 1,9 | 2,6 |
Comment défendre vos chiffres auprès des sceptiques
J’anticipe toujours les objections :
Quelques conseils pratiques pour fiabiliser vos résultats
Au-delà des chiffres, le récit importe : je raconte toujours une ou deux histoires concrètes — un mentoré qui a changé de service au lieu de partir, un jeune manager qui a gagné en confiance — pour humaniser les données. Les chiffres donnent la crédibilité, les histoires donnent le sens. Ensemble, ils font une preuve convaincante que votre programme de mentorat réduit le turnover en un an.